Le blanc linceul de neige et de glace qui recouvre la campagne d’Albi à Penne aura été le dernier pour Michèle Viguier. Elle avait peur de ces frimas qui font souffrir
les oiseaux ébouriffés, les chiens à l’échine courbée et grelotter les SDF. Elle honnissait de voir souffrir. L’empathie était l’une des qualités de cette dame d’exception si grande et si
fragile. Son départ, dans cet hiver mortifère, a secoué d’une vive émotion ceux qui l’ont connue. Emotion palpable dans la très nombreuse assistance venue braver la morsure du froid pour suivre,
jusqu’en extérieur, sa cérémonie d’adieux au funérarium d’Albi. Bien des personnalités du monde culturel et politique, au milieu d’anonymes, avec des témoignages d’amis qui ont arraché des larmes
à l’auditoire. Tel voisin relatait comment une murette avait été abattue pour lui permettre de pénétrer dans le monde merveilleux des Verdeille-Viguier, autour de Michou. Enchanteresse, elle
aimait la poésie, les livres, la nature et ses amis. Un sens du partage, une ouverture d’esprit qu’elle développe jusque dans ses activités sportives, comme l’explique son professeur de karaté
Bernard Hijosa. Avec son époux Jean, elle aide en 1972 le Karaté Club Albigeois à se déplacer du Stade Lagrèze aux lices Pompidou, puis à la création du « Fujikaï ».
Amoureuse des livres, femme de grande culture, Michèle était omniprésente à la Libraire Verdeille, assistant son père (créateur du bibliobus du Tarn) puis en responsabilité après le décès de celui-ci de 1974 à 1989. Cette librairie était un pôle incontournable, avec les illustres René Rouquier et Jean Roques. En prolongement, elle a été chroniqueuse littéraire sur Radio Tarn Nord (Nostalgie) puis correspondante à la Dépêche du Midi .
Dans le droit fil, elle a oeuvré à la Bibliothèque Départementale du Tarn où elle a conduit des actions comme l’organisation du « Festival du conte », des interventions auprès des détenues de la maison d’arrêt d’Albi, la création d’une bibliothèque au Burkina Faso.
Remarquable femme de convictions, fille du sénateur socialiste Fernand Verdeille, elle a été élue conseillère municipale de Michel Castel de 1983 à 1989. Fidèlement, elle continuait à tenir les urnes avec sa mère à chaque élection avant de graves ennuis de santé.
Michèle Viguier adorait les mots, la langue, les échanges, le partage. Mais elle préférait les actes aux vaines paroles. Profondément authentique, libre, elle ne faisait jamais semblant. Jusqu’à la fin. Une grande dame au cœur immense, d’une élégance rare de comportement. Par la force de l’esprit, elle restera dans nos cœurs. J’appréciais son sens de la démesure, comme sorti d’une page de poésie de Nietzsche. Ses grands éclats de rire, par delà le bien et le mal. Comme la finesse de ses rires qui servaient de ponctuation à ses phrases, dans l’élégance du désespoir.
Nos meilleures pensées accompagnent ses fils Fabien et Julien et sa famille avec les condoléances du Tarn Libre.
Espérance GIRAL
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