Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /Mai /2009 12:55
Le 3 mars 2008, en période pré electorale, j'avais publié sur ce blog l'état des lieux de la culture albigeoise. Un texte à mettre en perspective avec l'actualité du projet de la "place de l'Amitié" en passe de devenir non pas la place de la Concorde mais de la Discorde.
Un acteur chevronné de la vie culturelle Albigeoise, créateur qui fait référence au niveau national, livrait son point de vue spécialement établi  pour les élections.
Je vous renvoie à  son analyse sans déflorer son identité, afin de ne pas porter tort à sa mission.

1/   
" Contexte national : la culture en très grand danger.

Une politique culturelle qui fait l’exception culturelle à la Française et qu’il faudrait généraliser à l’Europe est mise à bas par le gouvernement actuel. Une destruction systématique qui rejaillit avec force sur les politiques locales. Un point de vue idéologique grave puisqu’il associe la culture à un produit comme un autre lui appliquant du coup les critères économiques de rentabilité inspirés des méthodes libérales les plus sauvages .

On assiste donc au démantèlement des DRAC (qui ont prévenu les acteurs culturels par de grandes réunions inédites de tous les acteurs en région et aussi préfet de région recevant en grande pompe les principaux acteurs culturels pour les flatter et les amener en fait à accepter sous des arguments enjoliveurs les conséquences désastreuses des choix politiques actuelles opérés dans tous les secteurs de la culture : du patrimoine au spectacle vivant).

Le chantier mis en route de la RGPP (Révision générale des Politiques Publiques) prenant pour prétexte qu’il concerne tous les secteurs en profite pour raser les bases de fonctionnement et d’objectifs de la culture en France. Après l’attaque démarrée contre le statut des intermittents qui est essentiellement le terreau du développement culturel, on assiste à une attaque sur tous les secteurs : théâtre, spectacle vivant Coupes sombres, application de cahier des charges basé sur la culture de la performance, évaluation sur des critères de quantité et non de qualité, remise en cause de l’aspect « service public » de la culture, introduction du privé et du financement par le mécénat en remplacement de l’aide publique. Comment ne pas avoir conscience que sans « garde fou » de la République, ce système conduit à financer ce qui remplit les salles uniquement, tuant de fait toute action de recherche et de création artistique moins immédiatement « rentabilisable » en termes de public.

Pour donner un exemple, la Compagnie Joël Pommerat qui a fait un « tabac » au festival d’Avignon il y a 2 ans, et qui aujourd’hui tourne quasiment toute l’année et avec plusieurs spectacles remarquables en même temps, et qui remplit les salles, a été soutenu par une scène nationale de banlieue Parisienne pendant plus de 10 ans avec des jauges spectateurs très petites ! Que serait-il devenu sans ce soutien indéfectible et non rentable toutes ces années. Et exemple plus ancien ! Toulouse Lautrec dont la ville et tant d’autres utilisent avec raison l’image tout en se félicitant du taux de remplissage des visiteurs du musée et donc du taux de remplissage des poches de l’économie touristique, peut-on repenser à ce qu’il était de son temps ? et tant d’autres artistes aujourd’hui adulés qui ont vécu dans la misère. L’art contemporain ne trouve que rarement son public dans le temps de sa fabrication. C’est le cours de l’histoire pour tout. Personne ne voulait prendre le train à sa création qui allait à des allures folles (30 Km/h !)…. Est ce par ce qu’un artiste ne remplit pas les salles qu’il faut le bannir du circuit ?

 Une politique culturelle doit certes s’attacher à s’ouvrir à toute une population, mais ce faisant elle doit aussi garantir l’évolution de l’expression artistique dans une liberté totale, compris les excès, car c’est de ce bouillonnement artistique que jaillissent les avancées durables.(voir en annexe I exemple de contre-attaque des ECM en France, qui sont mis en danger par des coupes drastiques, alors que les ECM qui s’occupent de la démocratisation du numérique au travers de l’action culturelle et artistique, sont sur des secteurs pourtant prioritaire pour l’état…)(de même voir en annexe II les dernières attaques contre le système des intermittents).

Politique locale 

L'actuelle mairie explique en permanence qu’à l’échelle d’une ville il n’y a pas de différence entre la droite et la gauche, pas de différences idéologiques !!! Quelle blague ! Il y a une différence et de taille.

La politique culturelle affichée à Albi au fil des ans et malheureusement l’application avant l’heure de la politique idéologique de démantèlement de la culture menée en France depuis l’élection de SarKozy. Albi par l’engagement de M.Billet, fidèle d’entre les fidèles de cette politique de privatisation outrancière, en est même le terrible terrain d’application et ceci contrairement aux apparences.

N’oublions pas que M.Billet (UMP pur et dur avec M.Brault) voudrait nous faire naïvement croire qu’il n’est qu’un passionné d’Albi à « notre service » quand, au fond, il est là pour appliquer la pire des politiques de droite. La façade de cette ville est certes belle, mais vide ! sans politique culturelle Républicaine, c’est-à-dire s’appuyant sur les fondements des valeurs de la République. 
À Albi, les associations défendant le choix d’une politique culturelle engagée, une politique de soutien à la création d’aujourd’hui, une politique de résidence, de lien entre l’engagement artistique exigeant et l’appropriation par les publics de ces pratiques, stagnes dangereusement depuis des années. 
Au point d’ailleurs que certaines d’entre elles sont entrain de s’expatrier en d’autres villes, d’autres s’interrogent sur leur développement de plus en plus difficile dans la cité, d’autres encore – en temps meilleurs – ne viendront pas, elles étaient attirées par un développement dynamique de l’action culturelle de la ville dû à l’engagement de longues années d’individu, associations attachés à faire vivre, ici, sur ce territoire, l’expression artistique et culturelle.

Une salle de spectacle pour quoi faire ?

La construction d’une salle de spectacle paraît indissociable de la définition d’une politique culturelle. En somme la question est : une salle de spectacle pour quoi faire? Pour quelle politique ?

Car la réponse à cette question permettent de définir le cahier des charges des besoins et donc les choix de politique cultuelle à faire tant en investissement qu’en fonctionnement.

 

Histoire locale

Pour poser convenablement le débat, il faut donc savoir de quoi on parle.
Albi, de par l’histoire de son activité culturelle depuis plus de 30 ans, a la chance d’avoir vu se développer les conditions nécessaires à la “fabrication” de la création artistique contemporaine (théâtre, musique, danse, arts plastiques, etc. Chance aussi d’avoir eu  des associations fortes pour la structuration de l’action artistique sur le territoire, sur le plan de l’enseignement, comme sur celui de la création, de la diffusion, et du soutien aux pratiques tant amateurs que professionnelles.

C’est toute l’expression de cette richesse que contient “historiquement” le développement culturel de la ville. Malheureusement, des années de « vaches maigres » par un appauvrissement des financements (subventions stagnantes donc en baisse), ont vu peu à peu l’image en pointe d’Albi, ville culturelle, se dégrader, des artistes, des associations porteuses d’avenir ont été obligées de quitter la ville.

 

Confusion : culture et divertissement

Dans le même temps, l’action de divertissement bien entendu nécessaire à la vie de la cité, est aujourd’hui systématiquement englobée dans le secteur culturel, voire la supplante… ou même la remplace… et il y a là un grave danger si l’on n’y prend garde… Une politique du divertissement qui va dans le sens du poil, ne peut en aucun cas faire office de politique culturelle. Entendons nous bien, nous sommes pleinement d’accord avec le divertissement qui doit aussi avoir sa politique.

 

Privé / Public : privé quand ça n’arrange pas, public quand ça rend service politiquement et de manière partisane !

Pour la culture, la politique municipale a été et sera encore plus si la droite l’emporte, une orientation à priori paradoxale entre le tout privé, et la gestion publique direct. Ni l’une, ni l’autre n’est bonne ! Ces deux choix relèvent du tout rentable, une rentabilité économique et une rentabilité politique…. Sans considération pour une véritable politique de fond qui doit être volontariste et mené par les acteurs concernés.

 

À ce titre, je renvoie à certain passage du livre de Daniel Loddo sur l’histoire du « Rock Noir » à Carmaux, qui décrit parfaitement la politique culturelle du Conseil Général du Tarn, qui a su faire confiance aux acteurs, qui a su les accompagner dans la durée, qui n’a pas « fait à la place » ou « piloter en souterrain »… Comme le fait la ville d’Albi avec certaines structures ou en fait, c’est le politique et le privé qui décident quand une façade publique associative est affichée…

 

Faire confiance aux acteurs, c’est ça la vraie démocratie directe !

Faire confiance aux acteurs, soutenir des projets inventifs, aventureux, exploratoires, c’est engager sûrement sur le territoire l’ancrage de proximité nécessaire à l’épanouissement de l’action culturelle, c’est tisser des liens, des relations de proximité, garantes d’une démocratisation exigeante de la culture.

La culture c’est hisser vers le haut, ce n’est pas niveler, appauvrir, divertir, c’est vouloir partager le savoir, les interrogations, pour se grandir, se questionner pour tirer l’homme vers des sphères que nous espérons tous meilleurs… lire, philosopher, créer, rêver et se divertir participe de l’agrandissement culturel. L’enjeu dans les conditions politiques, économiques, sociales actuelles, c’est sans baisser la garde, sans amoindrir le qualitatif, faire partager au plus grand nombre ces ambitions. Et ce n’est pas en satisfaisant l’immédiateté première des attentes hypothétiques du public que l’on peut y arriver… sinon à faire la une de Gala, ou généraliser à tous la politique de la télé poubelle !!! ou celle du grand show bizz qui n’a de rêve que de remplir les stades en proportionnalité des comptes en banque !!!

 

Une mairie, comme à Albi, qui programme à la place des structures professionnelles ou des associations c’est la main mise du politique sur la culture (et l’on sait hélas ce que cela a donné historiquement à l’échelle d’une nation dans les pires moments).

Une mairie comme Albi, qui préconise l’uniformisation de la communication de l’offre culturelle, et ce faisant qui confond l’information avec la communication qui dans le champ culturel peut être œuvre pédagogique en soit, spécificité et originalité de chacun, diversité riche pour tous, cela est dramatique et étouffant. La ville avec Sortir encarté dans son journal, remplit en effet sa mission de mettre au service de tous l’offre culturelle, mais ce faisant ce qu’elle ne dit pas, c’est qu’elle a fait supprimer à certaines structures leur propre journal… tuant, ou interdisant de fait, du coup une expression propre, qui a pu être perçu comme gênante. La mairie dispose de « l’artillerie lourde » pour communiquer. Dans le même temps on laisse les structures stagner sans « artillerie » comment peuvent-elles indépendamment exister dans cette affichage de parade ?

 

Les privés qui s’emparent du champ culturel y englobent de fait le divertissement qui par souci de rentabilité économique a vite fait de prendre le pas sur les grandes résolutions de respecter l’indépendance nécessaire à l’action culturelle et à la création artistique (là les exemples ne manquent pas !!! voir les grandes concentrations dans le multimédia en Italie, aux USA, en France qui va à toute vitesse vers ces mêmes choix). C’est une perte de qualité assurée, un mépris de l’intelligence et d’une meilleure culture, car ce n’est plus la république qui garantit la liberté et l’égalité pour une culture de qualité pour tous, mais c’est l’argent roi qui décide, qui construit la sois disant liberté ! le libéralisme appliquer à la culture ….

 

Un discours UMP mensonger

Au delà du débat privé-public, le fait est que le soutien de l’argent public a permis un immense développement de la culture, du spectacle vivant. Évidemment, aujourd’hui le discours s’ingénie à faire croire que le chemin parcouru est un échec ! Quel mensonge ! Il suffit de comparer ce qui se passait à Albi sur le plan culturel dans les années 1968, c’est à dire quasiment rien !!! (les tournées Tichadel qui présentaient à guichet fermé un spectacle de nue !!! Et le théâtre de boulevard...)Et ce qui se passe aujourd’hui, un foisonnement de propositions, les médiathèques pleines...

Certes il faut regretter que les salles de théâtre ne soit pas pleines, et il y a encore du travail pour permettre l’accès à la culture pour tous. Mais ce n’est  pas en dépeçant les acteurs de la culture – comme cela est entrain de se passer – que nous pourrons poursuivre la tâche. " "

  (la suite demain)

 

Par Espérance GIRAL - Publié dans : Entrée des Artistes
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